Les "préparatifs"
Avec des guillemets parce que je suis partie sur un coup de tête...
Le stop n'étant apparemment pas culturel en Italie, j'ai opté pour le vélo et j'ai eu beaucoup de chance: on m'en a prêté un ainsi que des sacoches et même une tente sarcophage.
Carona est au nord de Bergame donc j'aurai pu passer par la si plane plaine du Pô mais je me suis dit que la route serait plus belle en restant au pied des Alpes, j'ai donc traversé les 3 régions du Nord-Est de l'Italie: la Vallée d'Aoste, le Piémont et la Lombardie.
Je n'avais aucun contact là-bas, uniquement le nom du village, l'état-civil de mon arrière-arrière-grand-père et des photos de moi prises il y a 30 ans par mes parents dont celle ci-dessous avec la fille des patrons de l'hôtel où nous étions restés et un petit espoir de la retrouver.
J'étais suréquipée pour faire face à n'importe quel pépin mécanique et/ou accident de la route.
Même si les mains ont parfois suffi, je ne regrette pas d'avoir pris un petit guide de conversation en italien.
Ma plus grosse erreur de débutante: je n'ai pas réussi à partir avec moins de 16 kilos sur le porte-bagage et je l'ai regretté dans chaque côte.
Le trajet
Voici l'itinéraire en détail des 350 km parcourus en 5 étapes:
J'ai alterné les petites routes de montagne et les nationales quand je n'en pouvais plus. Les voies cyclables sont rares en Italie mais j'en ai prises deux jolies (au lac de Varèse et dans la Vallée Brembana).
En résumé c'était long et assez douloureux mais il y a toutes ces petites choses que je n'oublierai pas:
Les incidents:
. mon premier arrêt technique pour ré-enrayer la chaîne au pied d'une peinture de la madone
. le décrochage d'une sacoche en plein milieu d'un pont donc sans possibilité de s'arrêter
. ma grosse frayeur sur une voie rapide sous les coups de klaxon des poids lourds
. le face à face avec un renard à 1 cm de ma moustiquaire la dernière nuit
Les gens:
. les nombreux "thumbs up" des autres cyclistes mais aussi des automobilistes
. tous les gens qui m'ont aidée à trouver mon chemin en me demandant pourquoi je ne prenais pas le train
. les 3 mots les plus entendus:
"bello" pour mon projet
"sola" dans la question "sei sola?!?!?"
"matta" c'est à dire folle
. les nombreuses escortes de cyclistes pour m'emmener sur les petites routes sympas
Les spécialités locales:
. les gelati dont j'ai frôlé l'indigestion
. les fruits tellement bons et pas chers
. les capuccino
. les ciabattina, petits pains blancs
Les paysages:
. Les châteaux de la Vallée d'Aoste
. les petits villages de montagne
. la région des Grands Lacs, même si un peu trop touristique
L'arrivée à Carona
Après les 120 km de la veille et les derniers 7 km pour (et 300 m de dénivelé) sur une route très étroite et en lacets, je crois que je n'ai jamais été aussi heureuse de voir un panneau d'entrée en agglomération:
Premier jour
Je ne suis pas déçue par le village il est très joli, il ressemble beaucoup à Servoz ;) En plus il reste encore pas mal de décorations pour la fête de la vierge.
Je me présente à la mairie et une employée m’emmène dans l'hôtel où a été prise une des photos.
Là je rencontre Emiliana, la patronne, toute émue de reconnaitre Oriana, sa fille; elle se souvenait même de notre passage.
Elle me dit qu'il faut que je revienne le lendemain parce qu'Oriana vient pour des vacances puis elle me présente Renza qui a le même nom de famille que le mien.
Renza me présente à Benito, un ancien employé de la commune qui connait tout le monde et est le seul à avoir l'accès aux archives. On discute dans son jardin et les gens du coin commence à défiler pour apporter leur avis sur ma filiation, l'heure tourne et finalement Benito me donne rendez-vous le lendemain matin à la mairie pour regarder les registres tranquillement ensemble.
J'en profite pour aller aux célèbres Laghi Gemelli, des lacs d'altitude à 2 heures de marche du village. Les lacs sont effectivement impressionnants mais j'ai trouvé plus joli le Lago Marcio, un peu plus bas sur le sentier.
C'est peut-être parce qu'il ressemble beaucoup au lac de Pormenaz.
La descente depuis les lacs sera fatale pour mes cuisses, je ne pourrai plus remonter sur le vélo.
Deuxième jour
Je suis à l'heure au rendez-vous mais Benito est introuvable, à force de demander à tout le monde s'ils l'ont vu et pourquoi on le cherche, Renza et moi nous nous retrouvons escortées par une petite dizaine de potentiels parents lointains.
On finit par le retrouver et on passe des heures sur les très vieux registres jusqu'à ce que la mairie ferme. On a quand même réussi à trouver quelques infos sur mon trisaïeul et on doit m'en envoyer plus.
L'après-midi je rencontre enfin Oriana, elle ne se souvenait évidemment pas de moi mais elle aussi avait gardé des photos de nous. On arrive à communiquer parce qu'elle se débrouille en français, finalement ses parents m'invitent à dîner au restaurant de leur hôtel pour mon dernier soir.
Ils me posent mille et une questions, prennent tout autant de photos et moi je déguste le meilleur repas de mon voyage: que des classiques italiens (spaghetti, zucchini, tiramisu, gelato al limone etc.) mais tellement bons!
Épilogue
Mes jambes refusant de pédaler, j'ai fait le trajet inverse en transports en commun jusqu’à Chamonix.
Bilan: 11 heures de bus+trains+bus avec 7 changements en portant mon vélo dans les escaliers, là ce sont mes bras qui ont pris cher.
J'ai eu beaucoup de chance: à part quelques gouttes de pluie aux Lacs Gemelli, j'ai eu grand soleil tous les jours et je n'ai eu aucun accident, pas même un pneu crevé!
J'attends toujours un colis envoyé de Carona avec tous les ingrédients (dont du fromage...) pour faire une polenta di Taragna, la spécialité locale, la poste italienne m'a dit de les rappeler dans 2 mois si je n'avais toujours rien reçu (!)


1 commentaire:
Le colis est-il enfin arrivé ? Merci pour ce beau voyage !
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